mercredi 7 mai 2014

Chapitre 6 : « L’alboriage »

Alors que j’admirais cet astre, le général arriva et dit : « Messieurs, Madame, je pense que vous pourrez profiter de cette planète sur place. Veuillez donc vous asseoir et vous tranquilliser, surtout vous messieurs les docteurs ! ». Tout le monde se calma sur le champ et retourna dans la salle de repos, prêt à attendre le passage de notre vaisseau dans l’atmosphère d’Alboria. Les caporaux se préparaient. Il ne restait plus qu’à commencer la manœuvre d’atterrissage.
 Au moment des premiers ralentissements et des premières vibrations du Nevada Fire, chacun mit sa ceinture de sécurité, sauf nos docteurs qui s’étaient jetés dessus. Je sentais une douleur de plus en plus vive dans mon estomac comme si ma fin était arrivée. Le général restait de marbre face à la situation et essayait de calmer nos scientifiques qui ne pouvaient s’empêcher de hurler à la mort. Je me demandais s’ils avaient bien pris conscience de l’importance de l’entrainement sur Terre pour cette partie du vol. Andrea semblait aussi stoïque que le général mais je vis bien quand même sa main se crisper sur son accoudoir. Je me demandais comment se portaient les officiers dans le cockpit quand les secousses se mirent à s’intensifier, et je pus voir des flammes dues à la friction des particules sur la paroi du vaisseau. Je me sentais de plus en plus lourd avec l’accélération du vaisseau vers la planète et la gravité augmentant. La douleur brouillait toutes mes sensations. De plus, même le temps semblait déformé. Pour moi les secondes devenaient des minutes et les minutes des heures.
Après ce qui m’a semblé être une éternité, je sentis le vaisseau se redresser à l’horizontale et les nuages défiler devant les hublots de notre vaisseau. La vitesse diminuait, la pression s’abaissait, tout redevenait normal. Nous entendîmes alors un des soldats s’exclamer via les hauts parleurs : «  On vient de terminer la manœuvre. Aucun problème détecté pour le moment. Vous pouvez détacher les ceintures et si votre estomac ne vous fait pas faux bon, regarder par les hublots. Nous allons passer sous les nuages. » A peine eu-t-il finit sa phrase que les docteurs devenus blancs comme linge avaient décroché leurs ceintures à une vitesse jamais égalée dans l’histoire de l’humanité et s’étaient précipités dans les toilettes du vaisseau. J’essayai de me lever à mon tour pour regarder par le hublot à quelques pas de là. Et là, ma vision périphérique se noircit et mes jambes décidèrent de m’abandonner. C’étaient encore ces vertiges qui me faisaient des tours. Je me relevais quand le général m’attrapa par l’épaule et me remit sur pied. Il me dit alors «  Ce n’est pas le moment de perdre le nord ! Relevez-vous et regardez-moi l’extérieur ! » Il m’avança jusqu’au hublot et je vis une sublime forêt, comme notre forêt amazonienne mais en démesurée. Tout semblait beaucoup plus grand, comme ce magnifique oiseau qui passa au-dessus de nos têtes. Il avait une envergure de six mètres de long avec de sublimes plumes flamboyantes. Rien d’aussi remarquable sur notre planète.
Après plusieurs minutes d’adaptation, je sentis le vaisseau se stabiliser et se poser sur la planète au milieu d’une plaine verdoyante. Le général nous donna les dernières indications et après avoir mis nos masques de respiration pour préserver nos poumons de la pression extérieure, nous ouvrîmes les portes de la salle de dépressurisation pour poser notre premier pas sur la terre ferme. Tant d’évènements allaient se dérouler ici et nous regardions uniquement le paysage. Quelle équipe d’insouciants, nous étions alors…

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