Je sentis enfin mon corps se
mouvoir, le bout de mes orteils qui ressentait la chaleur de mon sang. Mes
poils s’hérissaient avec une chair de poule parcourant chaque parcelle de ma
peau. Ma main commença enfin à se resserrer, et mes doigts se frottaient les
uns les autres. Il fallait croire que notre voyage venait de se terminer. La
cryogénisation s’était arrêtée et nous réanimait au fur et à mesure. Je pus
ouvrir les yeux et observer le caisson s’ouvrir. Je voyais encore flou mais je
distinguais la forme des autres modules. Ils étaient tous ouverts d’après ce
que je voyais. Une fois ma vue rétablie, je m’avançais dans le couloir vers la
salle de repos pour retrouver tout le monde.
Arrivé
dans la salle, tout le monde était présent sauf les deux caporaux qui devaient
être dans le poste de pilotage du vaisseau. Je regardais les autres et me
sentis rassuré. En effet, je voyais bien que je n’étais pas le seul à subir les effets secondaires de la
cryogénisation. C’était surtout nos pauvres docteurs qui faisaient peine à
voir. Ils étaient en train de se tenir le crâne tout en étant allongés sur les canapés de la salle. De vraies larves. Le général et la
doctoresse en chef discutaient tant bien
que mal du futur de la mission une fois que nous serions sur la planète. Je ne
voulais pas m’imposer et préférais regarder le vide intersidéral à travers le
hublot. « Sublime » était le premier mot qui m’arriva à l’esprit. Un
immense ciel étoilé s’étalait tout autour de nous avec de magnifiques œuvres
créées lors du Big Bang, et continuait à se modifier dans le temps infini.
Alors
que je m’approchais du cockpit pour voir nos deux caporaux, j’entendis un
message audio diffusé dans les hauts parleurs du vaisseau : « Hey
les gars … euh … Les passagers, nous avons en visuel l’exoplanète Alboria. Vous
pouvez venir dans le cockpit pour la regarder ». Je commençais à accélérer
le pas pour voir cette planète de plus près quand je sentis le sol trembler
sous mes pieds. Les trois docteurs à la limite de l’agonie il n’y a pas encore
cinq minutes se précipitaient en même temps vers le cockpit. Ils se donnaient
des coups d’épaules et de pieds pour gêner l’avancée des autres. Andrea arriva
et dit : « Ne vous inquiétez pas. Malgré leur aspect sérieux quand
ils parlent de leurs thèses, ils n’en
restent pas moins de grands enfants. Ça doit faire des années qu’ils attendent
ce moment. » Puis elle alla à son tour vers le cockpit. Arrivé dans le
poste de commande, je ne savais plus quoi dire. Je vis une magnifique planète
recouverte de bleu, de vert et de marron à l’image de notre ancienne Terre.
Seul le ciel de couleur violette permettait de ne pas les confondre et surtout
un détail qui n’était pas des moindres : sa taille, deux fois plus grande
que la Terre. Autant se dire que la gravité ne serait pas des moindres une fois
sur place. Mais ce n’était pas un souci pour pouvoir vivre une nouvelle vie.
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